Quelle évolution pour les métiers de l’Intersecteur Papier Carton à l’ère de la chimie du végétal et de l’économie circulaire?

L’industrie des papiers et cartons est une filière professionnelle en pleine mutation, soucieuse de renouveler ses compétences, de développer celles déjà en place et de faciliter les mobilités professionnelles dans un avenir proche. Il est apparu nécessaire aux partenaires sociaux de l’Inter-secteurs Papiers Cartons, dans un contexte de vieillissement de la population de salariés et de renouvellement des compétences, de s’interroger sur l’évolution de l’emploi et des métiers dans une vision structurée à l’horizon 2020. Pour répondre à ces attentes l’Observatoire a réalisé une étude prospective sur les métiers des industries des papiers et cartons à l’ère de la chimie du végétal et de l’économie circulaire.

Les enjeux de l’étude

Fabriquant et distribuant des produits à base de fibre de cellulose, ressource naturelle, biodégradable et recyclable, la filière papiers cartons s’inscrit résolument dans la modernité d’une bio industrie du XXIème siècle, grâce à des procédés hautement technologiques et une innovation permanente sur les produits. Elle bénéficie à ce titre de plusieurs pôles d’excellence en matière de R&D et de formation sur le territoire français, constituant ainsi un réseau cohérent d’acteurs reconnus par les entreprises et des bassins d’emplois. Forte de ces atouts, la filière Papiers Cartons a donc un réel potentiel d’avenir qu’il s’agit de bien identifier, à travers notamment ses métiers, tournés vers de nouveaux marchés et de nouveaux produits.

Cette filière regroupe les secteurs traditionnels de la fabrication de pâte et papier, de la transformation des papiers cartons et de leur distribution, secteurs en pleine phase de modernisation intégrant dans leur évolution les questions de développement durable et d’innovation technologique (bio raffinerie, chaudière biomasse, packaging, produits d’hygiène, papiers spéciaux,…). Cette réalité induit un nouveau positionnement stratégique pour le devenir de la filière autour des bio matériaux, des nanotechnologies, de l’énergie verte et du recyclage.

C’est pourquoi, il est apparu nécessaire aux partenaires sociaux de l’Inter-secteurs Papiers Cartons, dans un contexte de vieillissement de la population active et donc des renouvellements des compétences, de s’interroger sur l’évolution des métiers dans une vision structurée à l’horizon 2020. Cette étude a donc pour objectifs d’aboutir à des préconisations en termes d’offre de formation, de passerelles métiers et d’ouverture possible vers de nouveaux champs professionnels.

L’enjeu est de taille pour la filière industrielle des papiers et des cartons en pleine mutation, soucieuse de renouveler ses compétences, de développer celles déjà en place et de faciliter les mobilités professionnelles dans un avenir proche : il s’agira pour cela de bien identifier la filière industrielle la plus cohérente autour de ces métiers d’avenir, véritable écosystème d’une bio industrie de demain comprenant les trois piliers fondamentaux : les entreprises, la recherche et la formation.

Une filière en prise directe avec l’évolution des besoins de la société et de l’économie

À la lecture des ouvrages de la bibliographie, il apparait qu’il n’y aura pas véritablement de rupture technologique d’ici à 2030 : les technologies utilisées semblent appelées à rester sensiblement les mêmes dans un avenir proche. Ce qui change, en revanche, est le besoin de s’adapter aux contraintes environnementales avec une évolution portée surtout par les recherches d’économies d’énergie, grâce aux progrès d’efficacité énergétique (biomasse et cogénération), à la réduction des déchets et au développement du recyclage. La filière Papiers Cartons pourra donc jouer un rôle décisif dans développement de l’économie circulaire.

L’étude a déterminé 45 facteurs d’évolution ayant un impact direct sur les métiers, et que l’on peut regrouper en six grandes catégories : la politique industrielle, le marché économique, l’innovation technologique, les contraintes réglementaires, les évolutions organisationnelles, les évolutions socio-démographiques.

Secteur par secteur, l’analyse a permis d’identifier les trois catégories les plus impactantes sur les métiers :

♦ secteur fibre et biomatériaux : la politique industrielle, l’innovation technologique et les évolutions organisationnelles;
♦ secteur du packaging : le marché économique, la réglementation et l’innovation technologique;
♦ secteur de l’hygiène : le marché économique, la réglementation et les évolutions sociodémographiques.

En ce qui concerne l’évolution des métiers, l’étude s’est attachée à définir les 10 métiers cibles de l’Inter-secteurs Papiers Cartons, selon cinq critères d’appréciation. L’analyse de l’impact des facteurs d’évolution s’est concentrée très précisément sur trois d’entre eux (conducteur de machine, ingénieur de fabrication, concepteur d’emballage), en terme de connaissance, de compétences et de professionnalisme requis.

Une filière dont les métiers clés se caractériseront par un niveau élevé d’expertise transférable

La cartographie des métiers montre une évolution probable des organisations au sein des sites de production : d’une organisation en processus des années 1990-2000 basée sur un mode séquentiel, les entreprises vont tendre vers une organisation en réseau basée sur un mode systémique et orientée innovation. Les métiers en seront naturellement impactés, que ce soit en production ou en conception de produits.

Les métiers de la production tendront vers deux métiers distincts:

♦ Des pilotes de ligne responsables de la ligne de production et du produit fabriqué, véritables experts techniques de la ligne de production, polyvalents aux différents postes de conduite et capables d’assurer un rôle de coordinateur. Ce métier requiérra à la fois une très haute technicité et une capacité d’animation d’équipe entrainant une élévation du niveau de diplôme d’entrée (au niveau BTS ou Licence Professionnelle). Les pilotes de ligne de la filière papiers cartons pourront ainsi évoluer en interne vers la maintenance ou le management, ou bien encore faire valoir leurs compétences dans d’autres secteurs industriels comme la chimie, la plasturgie, la cosmétique, le textile, l’agroalimentaire…

♦ Des conducteurs de machine automatisée ou robotisées, travaillant en amont, en aval ou autour de la ligne de production. Ce métier évoluera vers une simplification des tâches avec l’automatisation et la robotisation des installations. Il requierra des compétences de surveillance, de conduite et de maintenance accessibles avec le niveau de diplôme d’entrée actuel (BAC), transférable vers toutes les industries de procédés et de process. Les certifications CQPI devraient permettre de faciliter ces mobilités intra et inter secteurs industriels. En revanche, l’évolution du métier vers celui du pilote de ligne sera peu accessible, nécessitant un fort besoin de formation théorique en plus de l’expérience.

Les métiers de la conception, eux, vont être impactés et évoluer vers deux métiers distincts:

♦ Évolution faible vers le métier de concepteur avec une dominante graphisme, volumisme ou autre: celui-ci restera ancré dans le bureau d’étude, et continuera d’être subdivisé en plusieurs spécialités fonctionnant avec les autres de manière plutôt séquentielle. L’offre de formation devra cependant évoluer vers plus de connaissances plus techniques sur les méthodes et les matériaux. Les passerelles métiers seront plus aisées en interne qu’en externe, vers des métiers du service commercial, des méthodes ou de la qualité;

♦ Évolution forte vers le métier de « développeur produits et solutions », véritable partenaire stratégique de l’entreprise, covendeur avec le commercial. Il passe de l’ingénierie séquentielle à l’ingénierie systémique, ce qui requiert un renforcement de l’offre de formation sur la gestion de projet, la démarche d’éco conception, la culture générale et technologiques (matériaux et procédés), les techniques commerciales. Le développeur pourra aisément évoluer en interne vers des métiers de commercial ou de chef projet, ou bien en externe dans d’autres secteurs industriels, fabricant ou utilisateurs de packaging (luxe, agroalimentaire, pharmacie, cosmétique…).

Les métiers d’encadrement seront impactés par les facteurs liés à l’innovation et au travail en réseau

♦ Ces évolutions seront sensibles dès la formation au niveau Bac +5, par des pratiques pédagogiques adaptées : mises en situation d’innovation, soit par du co développement soit par du management de projet, utilisation du web et du cross media dans la pédagogie dans une logique de complémentarité papier-numérique. Les ingénieurs et master issus de la filière papier carton seront à même d’évoluer dans de très nombreux secteurs, offrant ainsi une large palette de possibilités de mobilités inter secteurs tels que la chimie du végétal, les énergies vertes, les flux numériques, les nanotechnologies, l’électronique imprimé…

Une filière bénéficiant d’un outil formation adapté et évolutif pour accompagner les mutations

Le système de formation actuel semble adapté pour accompagner ces changements, et devra probablement évoluer pour accompagner la mutation des filières métiers.

Les contenus de formation vont continuer d’intégrer dans leurs programmes les nouveaux matériaux et nouvelles technologies. En revanche, ce sont probablement les méthodes pédagogiques qui vont le plus évoluer dans les centres de formation développant la pédagogie active, l’apprentissage par problème, la réflexivité, la mise en situation simulée. Toutes ces méthodes devront s’articuler autour de modalités de formation en alternance, amenées à se développer encore, et intégrant la technologie 2.0. dans ses pratiques pédagogiques.

L’outil formation de la filière va tendre vers un maillage en réseau, à la fois de centres de formation spécialisés, avec des plateaux techniques modernes et performants, reconnus comme pôles de référence, et à la fois d’établissements de formation industrielle plus transversale, ancrés dans les régions et proches des entreprises. Des modules de formation spécifiques pourront être développés pour amener les jeunes formés dans ces centres inter-industriels, à suivre des stages de spécialisation sur les plateaux techniques de référence de la filière. La création d’un CFA de filière et sans mur semble opportun et pourrait être une réponse à la nécessité de créer du lien entre une politique de filière et une politique formation.

L’activité des centres de formation, initialement centrée sur la pédagogie, va peu à peu s’étendre en amont et en aval de la formation, pour des raisons financières d’une part (recherche de ressources complémentaires à des fonds de la formation initiale qui s’amenuisent) et pour des raisons de complémentarité de l’offre d’autre part (recrutement, formation continue, conseil technique…) : aux confins de toutes les mutations, les centres de formation initiale représentent un rouage précieux pour le devenir de la filière, et seront amenés, à terme, à devenir des pôles de référence pour l’accompagnement des personnes dans leur parcours professionnel et des entreprises dans leur gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Une filière d’avenir s’ouvrant à d’autres champs professionnels

La notion-même de filière s’appuie sur un périmètre cohérent d’activités regroupant des entreprises ayant des intérêts proches et pouvant se reconnaître dans une politique commune économique, sociale et environnementale. Elle parait aujourd’hui plus que nécessaire pour consolider les outils de formation et de recherche, indispensables « poumons » de la mutation en cours, permettant d’accompagner à la fois les entreprises et les personnes.

L’étude nous a amené à raisonner sur deux voies possibles d’élargissement des champs professionnels, dans une logique de filière:

♦ Vers une filière verticale de la forêt et ses applications: Cette filière prendrait tout son sens dans l’émergence de la bio industrie : valorisation des produits issus de la biomasse, industrialisation et création de valeur, emploi local, économie circulaire, éco-parcs, ressources renouvelables et recyclage;

♦ Vers une filière horizontale des industries de process et des biomatériaux: Cette filière prendrait tout son sens une logique métiers, incluant la chimie verte et la production de biomatériaux, leur transformation, impression et distribution : Filière orientée sur la valorisation des matériaux, facilitant les passerelles métiers dans des contextes professionnels proches.